Cargo culte

2 Octobre 201020 Novembre 2010
Exposition

Vernissage le 2 octobre, dans le cadre de Nuit Blanche

 

Cargo Culte — expression générique qui désigne les rituels adoptés par les indigènes en réaction à la colonisation, dont le point commun est l’imitation de certains gestes effectués par les occidentaux — est à la fois une exposition et une revue d’artistes. Elle entend intégrer cette notion pour mieux la retourner sur elle-même. Il s’agit de s’interroger sur les mécanismes par lesquels l’imaginaire occidental appréhende un ailleurs exotique, et produit des discours et des images comme projections fantasmées d’un autre mythique. Plus largement, Cargo Culte entend mener une réflexion sur la transmission et l’appropriation des faits culturels, et sur la circulation des images, et en cela place la question du document, de sa définition et de sa fonction, au centre du projet. Chaque artiste est invité à concevoir d’abord un multiple, produit spécialement pour l’exposition, préalable à différentes possiblités de présentation ou d’activation lors de l’exposition. Tous les multiples seront réunis dans un coffret, à la fois source et mémoire de l’exposition.

 

Avec:

Haris Epaminonda, Ann Guillaume, Aurélien Mole, Guillaume Pilet, Antoine Trapp et Benjamin Valenza, Guillaume Constantin, et des anciens étudiants de l’école (Carlotta Bailly-Borg, Lauren Coullard, Amélie Deschamps, Giulia Grossmann).

 

COMMISSARIAT: 

Axelle & Tiphanie Blanc

 

AVEC la participation de:

Carlotta Bailly-Borg, Guillaume Constantin, Lauren Coullard, Amélie Deschamps, Ann Guillaume, Giulia Grossmann, Mathieu Larnaudie, Aurélien Mole, Guillaume Pilet, Antoine Trapp et Benjamin Valenza.

 

Coordination du projet éditorial et de l’exposition:

Tiphanie Blanc Chateigné et Axelle Blanc 

 

 

«Les indigènes ne pouvaient pas imaginer le système économique qui se cachait derrière la routine bureaucratique et les étalages des magasins, rien ne laissait croire que les Blancs fabriquaient eux-mêmes leurs marchandises. On ne les voyait pas travailler le métal ni faire les vêtements et les indigènes ne pouvaient pas deviner les procédés industriels permettant de fabriquer ces produits. Tout ce qu’ils voyaient, c’était l’arrivée des navires et des avions.» Peter Lawrence, «Road Belong Cargo» (Les Cultes du Cargo), Manchester, Manchester University Press, 1964/Paris, Fayard, 1974.

Le culte du Cargo désigne à l’origine des rituels très variés propres aux peuplades de Mélanésie et du reste de l’Océanie (à l’exception de la Nouvelle-Calédonie). Initié au XIXe siècle sous l’impact de la missionarisation, il est une expression générique qui désigne les rituels adoptés par les indigènes en réaction à la colonisation, dont le point commun est l’imitation de certains gestes effectués par les occidentaux, telles les parades militaires de l’armée américaine durant la seconde guerre mondiale. Face aux crises et aux ruptures sociales engendrées par le colonialisme, les cultes du Cargo furent des mouvements à la fois d’assimilation, de mutation identitaire et de résistance face aux pratiques et aux valeurs occidentales. Plus largement, le «culte du cargo» est aujourd’hui une expression employée dans différents domaines (l’informatique, la science) pour désigner le phénomène d’appropriation par mimétisme et hors contexte, engendrant Carincompréhension et réinventions. 

Cargo Culte, à la fois exposition et revue d’artistes, entend intégrer cette notion pour mieux la retourner sur elle-même. Il s’agit de s’interroger sur les mécanismes par lesquels l’imaginaire occidental appréhende un ailleurs exotique, et produit des discours et des images comme projections fantasmées d’un autre mythique. Plus largement, Cargo Culte entend mener une réflexion sur la transmission et l’appropriation des faits culturels, sur la circulation des images, et en cela place la question du document, de sa définition et de sa fonction, au cœur du projet. 

Les artistes ont été d’abord invités à concevoir chacun un multiple, en relation avec leur réflexion et dans la technique de leur choix. Tous les multiples sont réunis dans un coffret, qui constitue un projet éditorial à part entière, comme le premier numéro d’une revue d’artiste, édité à 25 exemplaires. Fruit des recherches préalables des artistes, le coffret Cargo Culte préside à différentes possibilités de présentation ou d’activation lors de l’exposition, et fonctionne ainsi à la fois comme sa source et sa mémoire. Certaines pièces exposées sont des multiples issus du coffret, d’autres en sont des extensions ou des échos, toutes étant montrées indépendamment de leur statut supposé d’original ou de reproduction.

 

 

PRÉSENTATION DE LA CONFÉRENCE 

 

Cultes du Cargo et «Cargo Culte»: regards croisés Les Cultes du Cargo sont un ensemble de mouvements religieux millénaristes apparus de manière épisodique dans le Pacifique entre la fin du XIXème siècle et le milieu du XXème siècle, et dont certains sont encore vivaces. D’une grande variété dans leurs croyances et rites, les cultes Cargo ont comme point commun de s’être tous développés suite aux premiers contacts avec les Occidentaux. Ignorant tout des structures et infrastructures présidant aux richesses et au pouvoir du monde occidental, de nombreuses communautés mélanésiennes (de Papouasie-Nouvelle Guinée, du Vanuatu…), dans une conception profondément symbolique du monde, modifièrent leurs cosmogonies et leurs rituels pour résoudre le mystère auquel ils étaient exposés, sans autre choix que d’assimiler une culture exogène dans leur système de pensée. Ainsi par exemple, le culte de John Frum sur l’île de Tanna témoigne depuis soixante ans, par ses rituels inspirés des parades militaires américaines, de l’intensité de ces nouvelles formes de foi, qui ont aussi représenté une première unification des peuples de Mélanésie. Georges Bureau, historien d’art spécialiste de l’Océanie, et plus spécifiquement de l’art contemporain dans le Pacifique, tentera de dégager certains mécanismes liés à l’emploi des formes occidentales dans ces mouvements millénaristes, à savoir un procédé de substitution partielle des sens donnés à certains éléments de notre culture matérielle. Il s’attachera à faire comprendre en quoi ces mouvements ont contribué à l’émergence d’une identité et d?une culture moderne dans le Pacifique, notamment à travers la figure du prophète, féconde pour les artistes. Présentée en parallèle de l’exposition Cargo Culte à La Vitrine, cette conférence sera précédée d’une présentation rapide du projet d?exposition et d’édition Cargo Culte par Axelle Blanc, l’une des deux co-commissaires. 

Aux antipodes, à l’autre bout de la planète et du siècle, ce projet entend mener une réflexion en miroir, sur ce phénomène d’appropriation mimétique et hors contexte, engendrant réinvention et déperdition, désigné par l?expression anglaise «cargo cult». Ou comment, dans un paysage artistique décomplexé des débats postcoloniaux, ré-émerge aujourd?hui le fantasme d’un Autre mythique, par le biais d’un attrait renouvelé pour l?ethnographie et sa documentation, informant la production d?objets et d?images chargés, de rites et d?attitudes symboliques. Par un dialogue fait d?allers-retours entre exemples issus du contexte mélanésien et de l?art contemporain occidental, il s’agira de comprendre les notions proches et ambivalentes de «cultes cargo» et de «cargo culte», sans pour autant vouloir les saisir totalement.