{"id":6592,"date":"2020-10-22T15:39:18","date_gmt":"2020-10-22T13:39:18","guid":{"rendered":"https:\/\/www.ensapc.fr\/?page_id=6592"},"modified":"2020-10-22T15:39:18","modified_gmt":"2020-10-22T13:39:18","slug":"yto-barrada","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/www.ensapc.fr\/fr\/ygrec\/archives\/2020-2\/yto-barrada\/","title":{"rendered":"YTO BARRADA"},"content":{"rendered":"<div class=\"wpb-content-wrapper\"><p>[vc_row][vc_column css=\u00a0\u00bb.vc_custom_1602575532522{padding-left: 30px !important;}\u00a0\u00bb][vc_images_carousel images=\u00a0\u00bb6217,6070,6064,6223&Prime; img_size=\u00a0\u00bblarge\u00a0\u00bb autoplay=\u00a0\u00bbyes\u00a0\u00bb hide_pagination_control=\u00a0\u00bbyes\u00a0\u00bb hide_prev_next_buttons=\u00a0\u00bbyes\u00a0\u00bb wrap=\u00a0\u00bbyes\u00a0\u00bb css=\u00a0\u00bb.vc_custom_1602575590718{padding-left: 40px !important;}\u00a0\u00bb][\/vc_column][\/vc_row][vc_row][vc_column][vc_column_text]<\/p>\n<h3>Yto Barrada<\/h3>\n<h3><em>Des trous dans la lune<\/em><\/h3>\n<p>[\/vc_column_text][vc_column_text]<\/p>\n<div class=\"layoutArea\">\n<div class=\"column\">\n<p>Invite\u0301e par l\u2019\u00c9cole nationale supe\u0301rieure des arts de Paris Cergy (ENSAPC) a\u0300 l\u2019occasion de l\u2019Ete\u0301 culturel en I\u0302le-de-France, l\u2019artiste franco-marocaine Yto Barrada affiche temporairement sur la fac\u0327ade de l\u2019ENSAPC un calendrier fictif du cycle lunaire. Chacune des phases affiche\u0301es de la lune souligne visuellement la localisation de l\u2019un des vingt-cinq crate\u0300res qui portent le nom d\u2019un savant du monde arabo-islamique. Comme souvent dans son travail, Yto Barrada s\u2019inte\u0301resse a\u0300 l\u2019histoire, au savoir, et aux re\u0301cits qui s\u2019y produisent.<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<div class=\"layoutArea\">\n<div class=\"column\">\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>La conqu\u00eate de l\u2019espace a commenc\u00e9 \u00e0 distance et avec le langage\u00a0<\/strong><\/p>\n<p>Bien avant que l\u2019astronomie ne se dote des outils de l\u2019optique ou de la recherche ae\u0301rospatiale, c\u2019est l\u2019imaginaire qui a explore\u0301 la surface de la lune. De loin, on y a vu des figures humaines ou animales, ou une ge\u0301ographie proche de la no\u0302tre : montagnes e\u0301leve\u0301es et valle\u0301es creuses pour De\u0301mocrite, mers et continents pour Leonard de Vinci\u2026 Progressivement, les calculs des savants puis les premie\u0300res lunettes optiques conduisent a\u0300 des observations, des cartographies successives, et des noms.<\/p>\n<p>Nommer est un acte performatif : je te nomme signifie je t\u2019attribue a\u0300 quelque chose ou quelqu\u2019un. Tout nom \u00ab propre \u00bb donne\u0301 signale l\u2019appropriation et repose sur une ide\u0301ologie. La plupart des ope\u0301rations honorifiques sont possessives.<\/p>\n<p>Vingt-cinq des crate\u0300res lunaires portent le nom de grandes figures de la recherche arabo-islamique en astronomie. Les noms adopte\u0301s en 1935 e\u0301taient latinise\u0301s : Alpetragius, Albataneus, Alfraganus, Averroe\u0300s, etc. S\u2019y ajoutent ensuite des noms de scientifiques nouvellement reconnus et dont la transcription reste fide\u0300le a\u0300 leur langue d\u2019origine : Ibn Sina est le vrai nom d\u2019Avicenne.<\/p>\n<p>Pas de femme parmi eux. La liste comple\u0300te des crate\u0300res en comprend une vingtaine, elles sont largement minoritaires sur un astre conside\u0301re\u0301 comme l\u2019horloge du corps fe\u0301minin.<\/p>\n<p>Au moment ou\u0300 on de\u0301boulonne les statues ce\u0301le\u0301brant l\u2019abus de pouvoir ; ou\u0300 le refus de l\u2019e\u0301dification d\u2019une histoire officielle mensonge\u0300re dans l\u2019espace public s\u2019e\u0301le\u0300ve dans de nombreux pays, il est bon d\u2019aller regarder jusqu\u2019ou\u0300 voyagent nos fables. Yto Barrada s\u2019empare d\u2019un espace de projection ide\u0301al, la lune.<\/p>\n<p><strong><br \/>\nDes savants dans le ciel\u00a0<\/strong><\/p>\n<p>La se\u0301le\u0301nographie, l\u2019e\u0301tude de la surface de la lune, est invente\u0301e par l\u2019Occident a\u0300 la fin du 15e sie\u0300cle. Avec les images satellites, dans les anne\u0301es cinquante, la se\u0301le\u0301nographie fait place a\u0300 la science de la lune, la se\u0301le\u0301nologie. Les premie\u0300res toponymies lunaires se re\u0301fe\u0300rent aux grandes figures grecques et latines, a\u0300 la mythologie, et surtout au catholicisme. Les nomenclatures des diffe\u0301rents crate\u0300res e\u0301voluent jusqu\u2019a\u0300 ce qu\u2019en 1935 l\u2019Union Astronomique Internationale (IAU) officialise la liste et la re\u0300gle de l\u2019attribution. Plus de mille trois cent crate\u0300res portent aujourd\u2019hui le nom d\u2019une ou d\u2019un scientifique. La terre a envoye\u0301 le nom de beaucoup de savants sur la lune \u2013 surtout des hommes, des Occidentaux.<\/p>\n<div class=\"page\" title=\"Page 3\">\n<div class=\"layoutArea\">\n<div class=\"column\">\n<p>Lors du lancement d\u2019Apollo 11 en 1969, Ralph Abernathy, proche de Martin Luther King Jr., conduit a\u0300 Cap Canaveral un corte\u0300ge de cinq cents personnes pour protester contre le cou\u0302t de\u0301mesure\u0301 du projet : deux mules tirent un chariot de bois, pour signifier le niveau de technicite\u0301 accorde\u0301 aux Afro-Ame\u0301ricains. Un cinquie\u0300me de la population ame\u0301ricaine vit alors sous le seuil de pauvrete\u0301 : les manifestants proclament que la conque\u0302te de l\u2019espace est une priorite\u0301 inhumaine.<\/p>\n<p>En 1970, l\u2019e\u0301crivain et musicien Gill Scott-Heron chante \u00ab Whitey on the Moon \u00bb :<\/p>\n<p>Pas d\u2019eau chaude, pas de toilettes, pas d\u2019e\u0301lectricite\u0301, pendant ce temps les blancs vont sur la lune. Tout l\u2019argent que j\u2019ai gagne\u0301 l\u2019an dernier a servi a\u0300 arriver sur la lune avant les sovie\u0301tiques.<\/p>\n<p>En re\u0301alite\u0301 la marche sur la lune n\u2019a passionne\u0301 que les pays occidentaux. Elle est un e\u0301pisode de la guerre froide.<\/p>\n<p><strong><br \/>\nIl y a du silence dans les trait\u00e9s\u00a0<\/strong><\/p>\n<p>Avec le Traite\u0301 de l\u2019espace de 1967, l\u2019ONU interdit l\u2019appropriation militaire de l\u2019espace et des corps ce\u0301lestes. En 1979, le Traite\u0301 sur la Lune attribue tout corps ce\u0301leste a\u0300 la communaute\u0301 internationale et en interdit toute exploitation, mais il ne sera jamais ratifie\u0301.<\/p>\n<p>En dissociant la proprie\u0301te\u0301 et l\u2019exploitation d\u2019un espace, on cre\u0301e un vide juridique, on fait des trous dans la le\u0301gislation.<\/p>\n<p>La lune est potentiellement pleine de trous de forage. Aux E\u0301tats-Unis le Space Act, signe\u0301 par Obama en 2015, accorde aux puissances prive\u0301es des droits d\u2019exploitation commerciale. En avril dernier Trump le pousse plus loin et affirme : L\u2019espace extra-atmosphe\u0301rique est un domaine de l\u2019activite\u0301 humaine unique sur le plan juridique et physique, et les E\u0301tats-Unis ne le conside\u0300rent pas comme un bien commun mondial.<\/p>\n<p>Les projets sur la lune se multiplient. Que fabrique la terre au juste, la\u0300-haut ?<\/p>\n<p>On est aussi en droit de se demander si cette apparition cyclique de l\u2019inaccessible et de l\u2019inconnu, ce signal du re\u0302ve et ce support de la projection de soi dans un autre monde, peut encore procurer une diversion aux mauvais traitements inflige\u0301s a\u0300 notre plane\u0300te\u2026 Alors que son atmosphe\u0300re est proprement irrespirable, les projets de vie sur la lune pre\u0301tendaient offrir un contrepoint rassurant a\u0300 l\u2019e\u0301tat de\u0301sastreux dans lequel on a mis la terre. Est-ce qu\u2019on en est encore a\u0300 envisager le monde en termes d\u2019exploitation ?<\/p>\n<p>La lune, un nouveau territoire a\u0300 coloniser ? A\u0300 privatiser ? Vraiment ?<\/p>\n<p>Plane\u0300te Terre, le 2 aou\u0302t 2020, Marie Muracciole.<\/p>\n<div class=\"page\" title=\"Page 4\">\n<div class=\"layoutArea\">\n<div class=\"column\">\n<p><strong><br \/>\nYto Barrada<\/strong>\u00a0(ne\u0301e en 1971, vit et travaille a\u0300 New-York) est une artiste franco-marocaine dont les investigations pluridisciplinaires de phe\u0301nome\u0300nes culturels et de re\u0301cits historiques se sont d\u2019abord tourne\u0301es vers le monde dans lequel elle a grandi, a\u0300 Tanger. Ses installations, ses photographies, ses publications<br \/>\net ses films associent les strate\u0301gies du documentaire a\u0300 une approche plus me\u0301taphorique et poe\u0301tique. Sa pratique s\u2019appuie sur les archives, les transmissions orales et les re\u0301cits vernaculaires pour mettre a\u0300 jour les fictions qui dominent l\u2019histoire officielle.<\/p>\n<p>Ses \u0153uvres sont expose\u0301es et conserve\u0301es dans des institutions comme le Metropolitan Museum (New York), la Tate Modern (Londres), le MoMA (New York), la Renaissance Society (Chicago), le Witte de With (Rotterdam), la Haus der Kunst (Munich), Centre Pompidou (Paris) et la Whitechapel Gallery (Londres). Yto Barrada est cofondatrice de la Cine\u0301mathe\u0300que de Tanger, au Maroc.<\/p>\n<p>Elle a rec\u0327u de nombreux prix dont le Roy R. Neuberger Prize en 2019, le Rotterdam Film Festival Tiger Award du court me\u0301trage en 2016, le prix Abraaj en 2015 et a e\u0301te\u0301 nomine\u0301e au Prix Marcel Duchamp en 2016. Elle s\u2019est vue attribuer la bourse pour la recherche en photographie 2013-2014 et le Robert Gardner Fellowship in Photography 2013 du Peabody Museum (Harvard University) et le Deutsche Guggenheim Artist of the Year Award en 2011.<\/p>\n<p>Yto Barrada est repre\u0301sente\u0301e par Pace Gallery (Londres), Sfeir-Semler Gallery (Beyrouth-Hambourg) et la Galerie Polaris (Paris).<\/p>\n<p><strong><br \/>\nMarie Muracciole<\/strong>, commissaire d\u2019exposition de ce projet, est critique d\u2019art et historienne de l\u2019art. Elle vit a\u0300 Paris, apre\u0300s avoir dirige\u0301 le service culturel du Jeu de Paume a\u0300 Paris de 2005 a\u0300 2011 et le Beirut Art Center a\u0300 Beyrouth de 2014 a\u0300 2019. Elle a e\u0301te\u0301 notamment commissaire de l\u2019exposition itine\u0301rante Yto Barrada: Riffs inaugure\u0301e au Deutsche Guggenheim Berlin en 2011 et a contribue\u0301 a\u0300 la monographie publie\u0301e par JRP Ringier en 2013.<\/p>\n<p>L\u2019ENSAPC remercie Marc Touitou et le studio Huber\/Sterzinger pour leur pre\u0301cieuse collaboration.<\/p>\n<p>Avec le soutien de la Direction re\u0301gionale des affaires culturelles d\u2019I\u0302le-de-France \u2013 Ministe\u0300re de la Culture.<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>[\/vc_column_text][vc_single_image image=\u00a0\u00bb5950&Prime; css=\u00a0\u00bb.vc_custom_1602575599937{padding-left: 50px !important;}\u00a0\u00bb][\/vc_column][vc_column][\/vc_column][\/vc_row]<\/p>\n<\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>[vc_row][vc_column css=\u00a0\u00bb.vc_custom_1602575532522{padding-left: 30px !important;}\u00a0\u00bb][vc_images_carousel images=\u00a0\u00bb6217,6070,6064,6223&Prime; img_size=\u00a0\u00bblarge\u00a0\u00bb autoplay=\u00a0\u00bbyes\u00a0\u00bb hide_pagination_control=\u00a0\u00bbyes\u00a0\u00bb hide_prev_next_buttons=\u00a0\u00bbyes\u00a0\u00bb wrap=\u00a0\u00bbyes\u00a0\u00bb css=\u00a0\u00bb.vc_custom_1602575590718{padding-left: 40px !important;}\u00a0\u00bb][\/vc_column][\/vc_row][vc_row][vc_column][vc_column_text] Yto Barrada Des trous dans la lune [\/vc_column_text][vc_column_text] Invite\u0301e par l\u2019\u00c9cole nationale supe\u0301rieure des arts de Paris Cergy (ENSAPC) a\u0300 l\u2019occasion de l\u2019Ete\u0301 culturel en I\u0302le-de-France, l\u2019artiste franco-marocaine Yto Barrada affiche temporairement sur la fac\u0327ade de l\u2019ENSAPC un calendrier fictif du cycle&#8230;  <a class=\"excerpt-read-more\" href=\"https:\/\/www.ensapc.fr\/fr\/ygrec\/archives\/2020-2\/yto-barrada\/\" title=\"Read YTO BARRADA\">Lire la suite &raquo;<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"parent":5764,"menu_order":413,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":{"footnotes":""},"class_list":["post-6592","page","type-page","status-publish","hentry"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.ensapc.fr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/6592","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.ensapc.fr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.ensapc.fr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.ensapc.fr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.ensapc.fr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=6592"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/www.ensapc.fr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/6592\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":6601,"href":"https:\/\/www.ensapc.fr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/6592\/revisions\/6601"}],"up":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.ensapc.fr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/5764"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.ensapc.fr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=6592"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}