
À partir de là
Exposition collective qui se déploie au Centre d’art Ygrec-ENSAPC, à Qualité Vin, à L’Arlequin et au Bon Coin, à Aubervilliers
Du 3 octobre au 14 novembre 2026
Vernissage le 2 octobre, de 17 h à 21 h
Centre d’art Ygrec : 29 Rue Henri Barbusse, 93300 Aubervilliers
Avec : Pooya Abbasian, Carla Adra, Mathilde Albouy, Estèla Alliaud, Kenia Almaraz Murillo, Benjamin Aman, Clay Apenouvon, Marion Auburtin, Yacob Bizuneh, Charlie Boisson, Cheryl Ann Bolden, Nicolas Boone, Garance Butler-Oliva, Elliott Causse, Jennifer Caubet, Taisiia Cherkasova, Célia Coëtte, Dorian Cohen, Raphaël Delannoy, Agnès Geoffray, Antoine Lecharny, Augustin Lignier, Anaïs Masson, Marianne Mispelaëre, Charlotte Moth, Eliott Paquet, Pauline Pastry, Marc Pataut, Luna Pinazo, Jonathan Potana, Maxence Rifflet, Mathieu Roquigny, Bettina Samson, Bertrand Segers, Ulises Tapia Garcia, Julien Tiberi, Maya Inès Touam, Nicholas Vargélis, Romain Vicari, Hanieh Yekta ainsi que Naomi Press et Kate France d’Art Refuge Canopy.
Commissariat d’exposition : Rafael Garcia Lara et Guillaume Breton
Assistant curatorial : Hugo Tran-Hong
À partir de là est la dernière exposition du Centre d’art Ygrec–ENSAPC à Aubervilliers, avant son installation dans les nouveaux locaux de l’ENSAPC à Cergy. Présentée du 3 octobre au 14 novembre 2026, elle réunit une quarantaine d’artistes vivant, travaillant ou entretenant des relations durables avec la ville. L’exposition se déploie au Centre d’art, à Qualité Vin, à L’Arlequin et au Bon Coin, prolongeant, dans plusieurs commerces de proximité, les échanges noués au fil des années. À l’heure de ce départ, elle porte un regard sur l’environnement artistique auquel Ygrec a pris part depuis son ouverture en mars 2020, sur les conditions qui l’ont rendu possible et sur les relations qui continuent de le faire vivre.
Plasticien·nes, cinéastes, photographes, performeur·euses et artistes aux pratiques transdisciplinaires y composent un ensemble volontairement hétérogène, traversé par des générations, des esthétiques, des économies et des conditions de production profondément différentes. Certaines œuvres ont été présentées dans des institutions et lors d’expositions internationales ; d’autres n’ont encore jamais quitté l’atelier. Des artistes établis·es côtoient de jeunes artistes, tandis que des pratiques professionnelles côtoient des démarches amateures. L’exposition accueille ces écarts sans chercher à les résorber. Leur coexistence permet de saisir une part de la diversité des manières de faire œuvre et de prendre place sur un même territoire.
Ce rassemblement constitue un panorama nécessairement partiel et situé. Il procède de rencontres, de voisinages et de collaborations, sans prétendre représenter l’ensemble des pratiques artistiques présentes à Aubervilliers. Les œuvres réunies n’ont pas nécessairement la ville pour sujet. Elles sont rassemblées à partir des liens que leurs auteur·rices entretiennent avec elle : y habiter, y travailler, y partager un atelier, y développer des projets ou y inscrire une partie de leur histoire. Aubervilliers apparaît ainsi comme un ensemble de conditions matérielles, de relations et de possibilités à partir desquelles la création peut se développer.
La ville est elle-même façonnée par les déplacements, les transformations et les usages successifs de son territoire. Plus de cent vingt langues y sont parlées. Son histoire industrielle, migratoire et populaire, la diversité de ses habitant·es et sa situation au sein d’une métropole en transformation ont engendré des conditions urbaines particulières. La présence d’anciens sites industriels, de grandes surfaces disponibles et d’espaces en transition a longtemps permis l’installation d’activités et de pratiques qui trouvent difficilement leur place ailleurs en Île-de-France.
Cette histoire matérielle a contribué à l’émergence d’un environnement artistique très diversifié. Il ne s’agit pas de faire de la précarité une condition vertueuse de la création, mais d’observer comment certaines réalités économiques et urbaines ont rendu possibles des usages de l’espace devenus rares ailleurs : ateliers de grande taille, espaces partagés, occupations collectives, ateliers-logements ou espaces domestiques reconvertis en ateliers. La production artistique est aussi une question de mètres carrés, de loyers, de temps disponible, de voisinage et de capacité à transformer un espace.
Ces conditions se lisent dans une géographie de lieux aux échelles, aux moyens, aux publics et aux modes de fonctionnement très différents. À la Maladrerie, les ateliers-logements conçus par Renée Gailhoustet ont inscrit la création au cœur de l’habitat social. La Villa Mais d’Ici, installée depuis 2003 dans une ancienne usine de charbon, réunit arts visuels, spectacle vivant, musique, cinéma, artisanat et pratiques associatives. Le Houloc, créé en 2016 dans une ancienne menuiserie et autogéré par ses artistes, a développé pendant près de dix ans une forme d’organisation collective avant de devoir se relocaliser à La Courneuve. Placement Produit a associé des ateliers, des espaces d’exposition et des espaces domestiques au sein d’un lieu géré par des artistes. Le Cèdre, accueilli par le Secours Catholique et les Laboratoires d’Aubervilliers, propose de nombreux ateliers indépendants ainsi que des actions de sensibilisation à l’art ouvertes aux habitant·es. À une autre échelle, POUSH s’est implanté dans d’anciennes usines de parfums, entretenant une relation étroite avec l’histoire industrielle et architecturale de la ville, avant son récent déplacement vers des espaces de bureaux réaménagés.
À ces lieux identifiés s’ajoutent de nombreux ateliers indépendants, des initiatives plus discrètes et des pratiques développées directement dans les lieux de vie. Les artistes qui composent cet environnement n’entretiennent pas les mêmes rapports à l’institution, au marché, à l’exposition ou à la définition même de la pratique artistique. Le partage d’un territoire n’efface ni ces différences ni les contradictions qui le traversent. Il permet néanmoins des proximités, des échanges et des formes de coexistence dont l’exposition cherche à rendre la diversité perceptible.
Cette géographie demeure fragile. La revalorisation foncière, les grands projets métropolitains et les transformations urbaines accélérées ont déplacé les équilibres qui avaient permis à de nombreux ateliers et structures de s’installer. Ce qui était disponible, périphérique ou provisoire devient progressivement plus rare et convoité. Le départ du Houloc, comme les transformations d’autres lieux, rappellent combien la présence artistique dans une ville dépend de conditions d’occupation, de négociations et de temporalités qui ne sont jamais acquises. Les lieux changent, les collectifs se recomposent, les pratiques doivent trouver de nouveaux espaces.
Depuis son implantation à Aubervilliers, le Centre d’art Ygrec–ENSAPC a pris place dans cet environnement comme un lieu de production, de diffusion et d’expérimentation. Rattaché à une école nationale d’art, il a fait se rencontrer des artistes invité·es, des étudiant·es et des diplômé·es de l’ENSAPC, des habitant·es ainsi que des structures du territoire. Cette présence s’est construite notamment avec Carbone 17, le Collectif 93 Grand Angle et les Laboratoires d’Aubervilliers, ainsi qu’avec des structures éducatives et associatives, des maisons de l’enfance et de la jeunesse et des commerces de proximité. Ces collaborations ont régulièrement porté la programmation au-delà des murs du Centre d’art et permis de faire coexister différents rapports à la création, à l’apprentissage et à la production.
À partir de là prend appui sur cette expérience pour en partager certaines rencontres et en prolonger les relations. Le Centre d’art Ygrec–ENSAPC n’est pas à l’origine de l’énergie artistique d’Aubervilliers ni des liens qui la constituent. Il en aura été, durant quelques années, l’un des lieux de production, de rencontre, de soutien et de circulation. Cette dernière exposition constitue un regard porté depuis cette présence, une manière de transmettre une partie de ce qui a pu s’y rencontrer.
Son titre désigne moins un point final qu’une position depuis laquelle quelque chose peut continuer, se déplacer ou recommencer. Le départ du Centre d’art Ygrec constitue un déplacement parmi d’autres. Les artistes, les ateliers, les habitant·es et les histoires qui ont précédé sa présence à Aubervilliers continueront à faire vivre ce territoire. À partir de là.

