Recherche

Lignes de recherche

LES LIGNES DE RECHERCHE, CONSACRÉES A LA RECHERCHE THÉORIQUE ET EXPÉRIMENTALE EN ART, PRENNENT UNE DIVERSITÉ DE FORMES.

Les lignes de recherche proposées en priorité aux étudiant·e·s de quatrième et cinquième années sont des espaces de travail qui prennent différentes formes et mobilisent de nombreux partenaires institutionnels et artistes chercheur·euse·s nationaux·ales et internationaux·ales sur une durée variable, souvent de plusieurs années. Les enjeux théoriques et pluridisciplinaires engagés dans les lignes de recherche nourrissent d’une part les mémoires que les étudiant·e·s soutiennent pour le DNSEP et d’autre part leurs productions artistiques, ainsi que divers projets qui font l’objet de restitution sous des formes plurielles (colloques, éditions, expositions, festivals, etc.). Actuellement plusieurs lignes de recherche sont développées sous la direction d’artistes et théoricien·ne·s enseignant·e·s à l’école en collaboration avec de nombreux partenaires :

ART BY TRANSLATION

Renaud Auguste-Dormeuil
Dans le cadre du post-diplôme Art By Translation, avec Sebastien Pluot et Maud Jacquin.
En partenariat avec l’École supérieure d’art et de design TALM-Angers

Art by Translation est un programme de recherche et d’expositions dirigé par Maud Jacquin et Sébastien Pluot et porté par l’École Nationale Supérieure d’Arts de Paris-Cergy et l’École supérieure d’art et de design TALM-Angers. Il est soutenu par le Ministère de la Culture et collabore avec des institutions artistiques et universitaires en France et à l’étranger. Organisé en sessions dédiées à un thème de recherche spécifique, ce programme itinérant développe des projets artistiques et curatoriaux, des conférences et des publications en collaborations avec des musées, des universités et des écoles d’arts en Europe et en Amérique du Nord. Art by Translation est également un post-diplôme auquel participent quatre artistes internationaux.ales par an. Ces artistes, qui sont sélectionné.e.s suite à un appel à candidatures, contribuent à tous les aspects du programme dans les différents contextes internationaux notamment en produisant de nouvelles œuvres. Cette session d’Art by Translation est consacrée à l’étude des phénomènes et procédures de traduction dans les arts.

GESTES D’ART, ARCHIVES ET CULTURES VÉGÉTALES, PAYSAGES RÉINVENTÉS

Zahia Rahmani, Melanie Smith, Nida Sinnokrot et Sakyia – Art, Science, Agriculture, Nasrin Tabatabaï et Babak Afrassiabi
En partenariat avec l’INHA programme « Paradis perdus: colonisation des paysages et destruction des éco-anthroposystèmes » et MIT program in art, culture and technology.

Cette ligne de recherche porte sur les liens entre pratiques artistiques contemporaines, écologies politiques et imaginaires paysagers. Elle propose aux étudiant.e.s de développer leur travail autour de plusieurs axes sous la responsabilité d’une historienne de l’art et écrivaine et d’artistes. Cette ligne de recherche permet aux étudiant.e.s de s’initier à la méthodologie et la pratique de la recherche en art par le projet. Si les humanités environnementales insistent sur la portée éthique et militante du savoir et conçoivent leurs travaux comme autant de leviers pour agir sur le présent, l’art contemporain, qui depuis les avant-gardes se conçoit dans une tension constante entre représentation et action, conjugue l’engagement aux puissances de l’imaginaire, à un faire poïétique et à une poésie qui est passage à l’action.

Depuis les années 1990, l’importance croissante de l’histoire environnementale au sein des humanités se conjugue avec un processus d’internationalisation des terrains de recherche. Les études postcoloniales et décoloniales contaminent les problématiques environnementales pour ouvrir la réflexion sur la manière dont la colonisation affecte et détruit les écosystèmes, les paysages, la végétation, la géologie. Non seulement les paysages, les végétations, les matières, les géographies, sont socialement construits, mais inversement ils façonnent les manières de faire, les gestes, les manières de raconter, de rêver.

Les axes mobilisés dans cette ligne de recherche conjuguent, autour de l’exigence méthodologique de la recherche en art par le projet, une attention aux gestes artistiques et à leur genèse, aux paysages et à leur histoire, aux jardins, aux interactions mondiales qui cristallisent dans des lieux et des organismes situés, à l’histoire des matériaux eux-mêmes et à leur mémoire … Ou, pour le dire avec les mots de l’écrivaine et anthropologue Nastassja Martin : « l’actualité des métamorphoses éco-humaines globales se donne à lire dans le ventre d’un caribou tué aux pieds de son chasseur sur les hautes plateaux de l’Alaska ».

Ce sont les « perspectives partielles », proposées par les personnalités en charge de la ligne de recherche cette année, Zahia Rahmani, Melanie Smith, Nida Sinnokrot, Nasrin Tabatabaï et Babak Afrassiabi, qui seront mise en partage avec les étudiant.e.s. Elles permettront de nourrir la réflexion sur les paysages et leur végétation, et, sans éluder l’histoire de la violence qui les a façonnés, de produire l’espace nécessaire à leur réinvention par et dans l’art.

JAPONOLOGIES

Corinne Le Neün
Avec la participation de Bruno Fernandes et de Jemery Corral
En partenariat avec la collection Delashiné ! aux Presses du Réel, Dijon, dirigée par Bruno Fernandes, chercheur indépendant ; la Cinémathèque française, le fonds Alive, la Villa Kujoyama, Institut français au Japon dirigée par Charlotte Ischii- Fouchet ; UFR Langues et Etudes Internationales, Centre de recherche AGORA de CY Cergy Paris Université

Initialement fondé avec les chercheurs de l’Inalco (Le professeur Michael Lucken) le séminaire a pour ambition de doter les étudiant.e.s des outils de l’analyse critique en leur offrant les connaissances nécessaires à la compréhension de la création au Japon et cela en vue de mieux appréhender une culture qui exerce une puissante fascination sur toute une jeune génération. Lors de cette nouvelle saison de Japonologies, le travail d’analyse de divers registres d’images se poursuivra grâce aux apports historiques, culturels et linguistiques mis en partage par les intervenant.e.s (chercheur.euse.s, étudiant.e.s, artistes et enseignant.e.s) avec comme point central la généalogie des images et les questions de l’influence des modèles esthétiques fournis par les arts japonais et les constants allers retours entre les différentes cultures. Un focus sur le cinéma japonais sera à l’œuvre pour cette nouvelle session du séminaire Japonologies avec entre autres le fonds Alive de la cinémathèque française.

LES ÉCRITS D’ARTISTES, TENTATIVES D’ÉPUISEMENT

Carole Boulbès
Avec la participation de Charles Dreyfus Pechkoff

Ce séminaire vise à lire ensemble, réfléchir, et à étudier un corpus d’écrits d’artistes proposés par les participant.e.s. On cherchera surtout à débattre d’un certain nombre de notions liées à la création et à la recherche (liens entre la théorie et la pratique, modes opératoires, valorisation du travail) dans un esprit critique et constructif.

« Reprenons la question : ce quelque chose que l’œuvre d’art apporte à l’ordre du connaître, d’où vient-il, et où déploie-t-il son efficace ? », Thierry de Duve, Nominalisme pictural.

Les écrits d’artistes se situent à la croisée de plusieurs disciplines : littérature, arts plastiques, histoire de l’art, sociologie de l’art, psychanalyse, esthétique. C’est ce mélange particulier qui en fait une production hors-norme, difficile à saisir, mais riche d’enseignements. De Valerio Adami à Rémy Zaugg, le corpus de textes à découvrir se déploie presque à l’infini…

« Le génie, c’est l’impossibilité du fer. » Marcel Duchamp, entretien avec Denis de Rougemont.

« L’artiste, comme l’enfant, est passif. L’artiste reste un enfant, qui a perdu son innocence mais qui, pourtant ne peut se libérer de l’inconscient », Louise Bourgeois, Cellule (Tu ferais mieux de grandir).

Les écrits d’artistes en disent long sur leur pratique ou bien ils n’en disent rien. Certain.e.s créateur.rice.s donnent des conférences, des interviews, d’autres rédigent des notes dans le plus grand secret. À l’auto-analyse, certain.e.s préfèrent des formules brèves comme les poèmes, les slogans politiques ou les aphorismes. Autre aspect important : de plus en plus, les écrits d’artistes sont objets d’exposition ou synopsis de films.

THE NIGHT OF ASSASSINS (À LA RECHERCHE DES RALLIZES DÉNUDÉS)

Gallien Déjean
En collaboration avec l’atelier édition

Avec la participation de Lionel Fernandez

Proches de l’avant-garde théâtrale japonaise des années 1960, les Rallizes Dénudés deviennent en 1967 un groupe de rock psychédélique radical. Très politisés, proches de l’Armée rouge japonaise et des mouvements étudiants, certains de ses membres sont suspectés de participer à des actions armées et rentrent dans la clandestinité. Ils ne sortiront aucun album officiel, la plupart des enregistrements connus – généralement, de longues compositions bruitistes jouées en live –, constituant une discographie erratique composée essentiellement de disques pirates (bootlegs) ou de compilations tardives. Pourtant, les Rallizes Dénudés sont cultes. Ils rassemblent autour de leur musique une large communauté de fans, de diggers et de bootlegers, et sont même considérés comme l’une des sources majeures de la musique noise (en particulier, de ce qu’on appelle la « japanoise »). L’histoire des Rallizes est un patchwork de rumeurs, d’approximations, de fantasmes et de sous-entendus entourant les membres du groupe d’une aura mystérieuse – à commencer par Takashi Mizutani, le leader charismatique disparu de la circulation il y a quelques années. Est-il mort ? D’aucuns prétendent qu’il habite à Paris, d’autres à Bruxelles…

A la croisée d’une certaine histoire des avant-gardes, du rock et de l’engagement politique radical, cette ligne de recherche conçue en collaboration avec Lionel Catelan envisage la constitution et la pérennité d’un mythe culturel comme objet d’étude. Sous la forme d’une enquête documentaire reconstituant l’histoire évanescente et rapiécée du groupe à partir de ses traces, de ses fragments ou de ses effacements, ce projet s’envisage comme une anarchive – selon l’expression de Jacques Derrida –, c’est à dire comme la constitution d’une méthodologie de recherche centripète qui rayonne autour de son objet pour tenter d’en cartographier l’absence.

L’année 2019-2020 a été consacrée à la mise en place du projet (définition du sujet, documentation, séances d’écoute, repérages des interlocuteurs, etc.). Au cours de l’année 2020-2021, nous sommes entrés en contact avec des membres de la communauté des fans des Rallizes, active sur les réseaux sociaux, et nous avons commencé la réalisation du projet de recherche qui prendra la forme d’un ouvrage collectif rassemblant les traces recueillies au cours de cette recherche (documents historiques, ressources numériques, témoignages, etc.). Cette année nous finaliserons cet ouvrage et l’imprimerons afin de le diffuser. En parallèle, nous continuerons le séminaire que nous avons entamé autour de notre sujet (histoire des musiques noise et expérimentale, l’action directe et contre-culture au Japon, etc.). Dans ce cadre, un workshop sera organisé en janvier 2022 avec Lionel Fernandez, membre du groupe Sister Iodine.