
Vue d’exposition, © Objets Pointus
Room for Mutation
Du 7 mai au 31 mai au Centre d’art Ygrec-ENSAPC
Vernissage le 7 mai de 17 h à 21 h 00
Avec : Reem Alnatsheh, Nicole Caoduro, Delphine Contet, Elias Haddad, Ceva Ipatov, Araya Luna Melia Bianco, Lara Pels, Luna Pinazo et Mariam Sguiri. Sur une proposition de Chương-Đài Võ en collaboration avec Guillaume Breton.
Conçue pour le Centre d’art Ygrec – ENSAPC, l’exposition interroge les relations entre une école, son espace d’exposition et son environnement immédiat à Aubervilliers. Inscrite dans le contexte urbain et social de la ville, l’exposition s’appuie sur ses dynamiques locales, qui nourrissent les projets présentés. Les étudiant·es y développent des propositions ancrées dans les réalités du territoire — ses habitant·es, ses architectures et ses espaces publics — au terme d’un processus de recherche et de création collaboratif mené avec leurs partenaires et le centre d’art. La scénographie privilégie des formes évolutives, ludiques et éphémères, envisagées comme des métaphores du mouvement, de la migration et du temps ; l’exposition met ainsi l’accent sur le processus plutôt que sur le résultat, laissant place à l’imprévu et à l’émergence de nouvelles formes de réciprocité.
« Terre, mer, ciel » est un ensemble de trois courts films réalisés par Delphine Contet, Elias Haddad et Ceva Ipatov. Tournés par les enfants de la Maison de l’enfance Tony Lainé entre janvier et mars 2026, ce projet est né d’une expérience improvisée où les enfants étaient invités à imaginer leur propre plateau de tournage, à créer leurs propres costumes et à jouer. À chaque nouvelle rencontre redéfinissant la suivante, le processus a suivi un mouvement constant de réajustement et d’accordage. La caméra, transmise d’un enfant à l’autre, révèle leur curiosité sans limites ainsi que les liens qui les unissent. Un sentiment de liberté émerge de leurs jeux improvisés. Différents registres – théâtre, sculpture et danse – s’entrecroisent et se mêlent.
« Papier peint », réalisée par Elias Haddad et Ceva Ipatov, est une série de peintures sur papier mêlant l’acrylique et le pastel. Le projet puise son origine dans un geste familier de l’enfance : dessiner directement sur les murs. L’œuvre se construit en deux temps : d’abord par la création de motifs floraux inspirés de véritables papiers peints, puis par l’ajout de tracés évoquant des « dessins d’enfants » superposés. Ce processus fait émerger une tension entre le décor et l’intervention spontanée, entre le cadre établi et la liberté du geste. En écho aux films Terre, mer, ciel, « Papier peint » rejoue la trace d’un enfant fictif qui viendrait habiter l’image. Le support devient alors un second écran, prolongeant les motifs et la sensibilitédes films présentés dans le même espace d’exposition, instaurant un dialogue entre peinture et image en mouvement.
« Tracer les paysages » est à la fois un jeu vidéo et une installation composée d’aquarelles, conçus par Mariam Sguiri et Reem Alnatsheh. Le projet suit une adolescente qui déambule dans la ville, explorant son quartier à travers une expérience à la fois intime et fragmentée. S’inspirant des films amateurs du début des années 2000 et des premières formes du web — pages personnelles, chaînes vidéo, vlogs — l’œuvre mobilise des esthétiques et des technologies autrefois dédiées à la circulation d’archives personnelles et à la création de communautés, notamment autour de la valorisation des espaces verts. Derrière cette apparente simplicité, le projet met en lumière des dynamiques urbaines plus complexes : sous couvert de « transition écologique », des partenariats entre acteurs publics et privés deviennent des instruments de revalorisation immobilière, entraînant l’éviction progressive des populations les plus modestes. Adoptant la forme d’un jeu d’enfant, « Tracer les paysages » propose une critique sensible et nuancée de l’exploitation des espaces verts en tant que vecteur de gentrification.
« Things we leave behind, for now » est une installation composée d’une peinture en techniques mixtes et de sculptures en céramique, réalisée par Araya Luna Melia Bianco et Lara Pels. Le projet fait référence à des images et des textures locales que les artistes ont recueillies, telles que celles issues de l’architecture, des trottoirs, des traces laissées par les passant·es, des pierres provenant de chantiers de construction et de l’écorce d’arbres qui s’écaille. Cette base de données visuelle est intégrée aux objets à l’aide de diverses techniques : peinture, sérigraphie, tissage, estampe ou photolithographie. Les motifs et les formes des sculptures et de la peinture ont été élaborés à partir d’observations d’une ville transformée jour après jour par des vagues d’immigration, de gentrification et de reconstruction, un processus qu’Anna Tsing théorise comme une « friction » et des cultures translocales.
Pensée spécifiquement pour l’espace d’exposition, Pièce par pièce de Nicole Caoduro et Luna Pinazo se déploie comme une scénographie modulaire conçue à partir de bois et de matériaux de récupération. Évolutive par nature, cette structure peut être déplacée, recomposée et adaptée aux différentes configurations de l’exposition ; tour à tour socle, assise, table ou cloison, elle oscille entre objet sculptural et mobilier fonctionnel. Son agencement, en perpétuelle transformation, répond aux exigences de cohabitation entre les œuvres. La scénographie devient ainsi le reflet d’un espace en constante négociation, où l’équilibre ne préexiste pas, mais se construit collectivement au fil des usages et des interactions.
Reem Alnatsheh
Née à Hébron, Palestine, elle travaille et vit à Pantin, France. Elle explore les intersections entre la géographie sociale, les réalités contemporaines et les notions de patrie et d’exil. S’inspirant des contes populaires et des mythologies palestiniennes, elle aborde les thèmes du déplacement et de la résistance ainsi que la lutte pour la justice et la libération de la communauté palestinienne. Ses expositions comprennent la récente exposition personnelle « Letters to Anat » à la galerie Traits Libres (2026), « Drawing Now » à Paris (2026), Art-o-rama à Marseille (2025) et RITUALS à POUSH à Aubervilliers (2023). Elle a effectué des résidences artistiques à la Cité Internationale des Arts à Paris (2022) et à l’A.M. Qattan Foundation — Visual Arts à Ramallah, Palestine (2020), entre autres.
Nicole Caoduro
Née à Vicence, Italie, elle vit et travaille à Paris, France. Toujours en quête d’une coexistence entre ses racines italiennes et ses aspirations, elle a obtenu un diplôme en culture et langue chinoises à l’Institut National des Langues et Civilisations Orientales (INALCO). Cette expérience a éveillé son intérêt pour la forme, l’identité et l’artisanat. Son travail artistique, qui mêle sculpture et teinture sur papier, s’intéresse à la fragilité, l’aspect sensible et sensoriel de ces matériaux et à la potentielle porosité entre ceux-ci et le spectateur. Les œuvres de Caoduro sont faites pour être touchées, senties et appréciées avec la sensibilité de chacun. À travers des gestes lents et manuels, elle interroge le temps, la manière dont les matériaux organiques et industriels atteignent un point d’équilibre au cours de leur transformation.
Delphine Contet
Née à Alfortville, France, vit et travaille à Cergy, France. Diplômée d’une licence en linguistique de l’université d’Édimbourg en 2024, elle est actuellement étudiante en deuxième année à l’École nationale supérieure d’arts de Paris Cergy. Son travail englobe l’installation sonore, l’écriture et la sculpture multimédia. Elle s’intéresse principalement à la sémiotique des pratiques culturelles en milieu urbain, avec un accent particulier sur le son en tant que vecteur de messages idéologiques.
Elias Haddad
Né à Tunis, Tunisie, vit et travaille à Paris, France. Elias Haddad est un artiste multimédia qui explore la photographie, la vidéo, la peinture et l’écriture. Guidé par une attention intime portée aux personnes et aux lieux qui façonnent son imaginaire, son travail se déploie comme une ode tranquille à ce qui lui est cher. Souvent ancré dans les questions et les préoccupations qui l’habitent au moment de la création, son travail reflète un dialogue permanent entre l’expérience personnelle et des notions plus larges telles que la mémoire, l’attachement et le sentiment d’appartenance.
Ceva Ipatov
Né à Saint-Pétersbourg, Russie, il vit et travaille à Paris, France. Actuellement étudiant en deuxième année à l’École nationale supérieure d’arts de Paris Cergy. Ipatov a grandi en Russie, en écoutant du jazz américain, de la cumbia colombienne et Boney M. Sa mère s’intéressait au bouddhisme ; issue d’une famille portant des traces de tradition juive et ayant été baptisée dans l’Église orthodoxe russe. Ayant inventé sa propre religion polythéiste à l’âge de onze ans, Ipatov recycle des déchets industriels pour en faire des objets d’une nouvelle spiritualité, et crée avec eux des rituels absurdes, tragiques et timides. Ses objets naissent à la frontière entre le vivant et le non-vivant, entre les calculs rationnels d’un mécanisme et les émotions produites par ses imprécisions et ses erreurs.
Araya Luna Melia Bianco
Née à Londres, Royaume-Uni, elle vit et travaille à Paris, France. D’origine vénézuélienne, Bianco a grandi entre Londres et Majorque, en Espagne. Étudiante en première année à l’École nationale supérieure d’arts de Paris Cergy, Bianco travaille principalement dans les domaines de la peinture et de l’installation. Elle explore les thèmes de l’identité diasporique et de la mémoire, ainsi que l’évolution de la représentation figurative à l’ère numérique. Ses œuvres présentent des univers collagés, des arrière-plans de paysages désertiques et de couleurs néon peuplés de symboles et de figures inspirés du réalisme magique, d’archives de photos de famille, de concours de beauté des années 1980, de rêves d’enfance récurrents et d’images de synthèse.
Lara Pels
Née en 1999 à Hilversum, Pays-Bas, vit et travaille à Paris, France. Pels est une artiste qui a étudié l’anthropologie culturelle à l’Université Vrije d’Amsterdam (VU Amsterdam) et à l’Université de Leipzig, et qui poursuit actuellement ses études à l’École nationale supérieure d’arts de Paris Cergy. Son travail s’étend à la photographie, au cinéma, à l’installation et à la sculpture, mêlant approches documentaires et conceptuelles pour explorer le corps en tant que lieu d’inter-affect, de tendresse et de transformation. Ancrée dans des perspectives queer et une démarche anthropologique, la pratique de Pels oscille entre intimité et politique, archivant des expériences vécues tout en imaginant des avenirs plus libres.
Luna Pinazo
Née en 2005 à Paris, France, vit et travaille à Paris, France. Son père est spécialiste en conformité et sa mère, analyste de données. Elle n’a ni frère ni sœur, mais elle a un chat obèse appelé Pichnoufette. Elle a grandi en écoutant The Smiths et Morrissey. Elle écoute aujourd’hui Manu Chao, Philippe Katerine et Kalash Criminel. Elle essaie de créer des objets épurés, carrés et bien organisés, mais ces adjectifs sont à l’opposé complet de ce qu’elle est. Sa pratique est largement centrée sur le bois, avec un intérêt particulier pour l’équilibre. Elle accorde une grande importance aux supports qui soutiennent ses pièces, en les traitant et en les développant avec le même niveau d’attention que les sculptures elles-mêmes.
Mariam Sguiri
Née à Colombes, France, elle vit et travaille à Gennevilliers, en France. Ayant passé une grande partie de son temps à lire et à faire des recherches, elle intègre un processus de recherche approfondi dans son œuvre. Ses projets portent sur la transmission et l’archivage, qu’ils soient physiques ou numériques, visuels ou auditifs. Elle s’interroge sur notre relation aux traces que nous laissons, ainsi que sur les modes de transmission et de partage utilisés.












